Adrie van der Poel : « Derrière Kelly, j’étais content quand même »

24 mars 2026 - 10:56

Adrie van der Poel : « Derrière Kelly, j’étais content quand même »

Dans la célèbre lignée qui va de Raymond Poulidor à Mathieu van der Poel, Adrie, père du « Néerlandais volant », était lui aussi un grand spécialiste du cyclo-cross et des classiques. Dans le premier registre, il a décroché l’arc-en-ciel avec un titre de champion du monde en 1996. Auparavant, il s’était offert deux monuments sur la route (Tour des Flandres 1986, Liège-Bastogne-Liège 1988), mais celui qu’il chérissait par-dessus tout, Paris-Roubaix, s’est toujours refusé à lui. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : 14 participations (autant que Boonen, De Vlaeminck… ou encore Poulidor). Souvent, il s’avançait en prétendant à la victoire, notamment en 1986, une semaine après avoir dominé Sean Kelly sur le Ronde, l’autre prestigieuse course de pavés. Dans l’Enfer du Nord, la hiérarchie s’inversa dans le sprint en tout petit comité qui départagea l’Irlandais et le Néerlandais, également devancé par le Belge Rudy Dhaenens. Adrie van der Poel avait seulement 26 ans. Il lui restait de nombreuses conquêtes à mener, mais Roubaix lui est restée inaccessible.

Adrie van der Poel

Né le 17 juin 1959 à Hoogerheide (Pays-Bas)

Équipes :

DAF Trucks (1981-1982), Jacky Aernoudt-Rossin-Campagnolo (1983), Kwantum (1984-1986), PDM (1987-1988), Weinmann (1989-1990), Tulip Computers (1991-1992), Mercatone Uno (1993), Collstrop (1994-1995), Rabobank (1996-2000)

Principales victoires :

Liège-Bastogne-Liège 1988 / Tour des Flandres 1986 / Amstel Gold Race 1990 / Clasica San Sebastian 1985 / Champion du monde de cyclo-cross 1996

Résultats à Paris-Roubaix :

1982 : 32e / 1983 : 6e / 1985 : 9e / 1986 : 3e / 1987 : 37e / 1988 : 18e / 1989 : 18e / 1990 : 10e / 1991 : 25e / 1992 : 14e / 1993 : 5e / 1994 : 16e / 1995 : 58e / 1996 : Ab.

Signe particulier :

« Quand même, un Van der Poel qui gagne ! » Adrie van der Poel a pu voir son fils Mathieu inscrire leur nom au palmarès de la Reine des classiques, et plutôt trois fois qu’une (2023, 2024, 2025) : « C’est un garçon qui me surprend tout le temps. Cette année, je crois qu’il est encore prêt. Il n’y a pas de garantie mais en tout cas il a tout fait pour être prêt. »

van der poel (adri) -hol- kelly (sean) -irl-
van der poel (adri) -hol- kelly (sean) -irl- © PRESSE SPORTS
van der poel (adrie) CYCLISME 1993 PARIS/ROUBAIX 1993 France 11/04/1993 FEVRE BOUTROUX CLEMENT BIVILLE
van der poel (adrie) CYCLISME 1993 PARIS/ROUBAIX 1993 France 11/04/1993 FEVRE BOUTROUX CLEMENT BIVILLE © PRESSE SPORTS

1986, LA FOIS OÙ IL EST PASSÉ LE PLUS PRÈS

« Cette année-là, j’étais vraiment bien. » Lorsqu’il se présente au départ de Compiègne en quête de gloire, Adrie van der Poel a tout d’un épouvantail. Il vient de remporter le Tour des Flandres en faisant preuve d’une grande maîtrise physique et tactique, dans la lignée d’un début de saison particulièrement réussi. À 26 ans, il a déjà fait ses preuves dans l’Enfer du Nord, où il a fini 6e en 1983 dans le sillage de son équipier et compatriote Hennie Kuiper, qui succédait à un autre Néerlandais, Jan Raas. Au tour de Van der Poel ?
La confiance est au plus haut. Et même la météo lui sourit. « C’était les conditions que je préférais, un dimanche sec après une semaine où il a plu », sourit-il. « J’adorais ça. Il y en a qui aiment grimper, moi j’aime rouler sur les pavés mouillés ! » Maillot Kwantum sur le dos, Van der Poel évite tous les pièges et s’avance conquérant vers Roubaix, où l’arrivée est exceptionnellement jugée en ville (elle a été réinstallée au vélodrome à partir de 1989). « J’étais bien, je n’avais pas eu de malheurs en course », se souvient-il. Quatre hommes se disputent le sprint. Van den Haute lance à 300 mètres, Van der Poel suit… Et Kelly règle tout le monde pour s’offrir un deuxième pavé roubaisien, après le triomphe de 1984.
« Je n’ai peut-être pas fait le sprint le plus intelligent de ma carrière », admet Van der Poel. « J’étais déjà très content d’être à l’avant, d’être presque sûr de monter sur le podium. Alors je n’étais pas tout le temps concentré à 100% pour la victoire. »

SEAN KELLY, SON MEILLEUR ENNEMI

Quatre fois, Adrie van der Poel et Sean Kelly sont montés ensemble sur le podium d’un monument. Et à chaque fois, l’un des deux figurait sur la plus haute marche pour recevoir les honneurs réservés au vainqueur. Sur le Ronde 1986, le Néerlandais rayonnait. Les trois autres fois (Tour de Lombardie 1983 et 1985, Roubaix 1986), avantage Kelly.
« C’est peut-être le meilleur coureur des années 1980-1990 », salue Van der Poel, sincèrement admiratif. « J’ai un grand respect pour lui. Bien sûr, je roulais pour gagner. Mais quand je faisais deuxième ou troisième derrière Kelly, j’étais content quand même. Pour moi, c’est vraiment un des meilleurs coureurs de l’histoire. »
Avec plus de 150 victoires sur la route (contre une cinquantaine pour Van der Poel), l’Irlandais se distingue par la quantité, mais aussi la diversité de ses succès. « Il était présent tout le temps, de l’Étoile de Bessèges jusqu’à la Lombardie », insiste son rival néerlandais. « Il pouvait neiger, faire chaud… Il ne se plaignait jamais et il faisait toujours la course. C’était vraiment quelqu’un d’extraordinaire. Après nos carrières, on a eu beaucoup d’échanges, on est devenu proches. »

DES REGRETS…

« Je pensais vraiment gagner cette course un jour », confirme Van der Poel, trente ans après sa dernière participation à Paris-Roubaix. « Et pourtant, c’est l’une des seules classiques que je n’ai pas gagnées. Quand tu gagnes les Flandres, l’Amstel, Saint-Sébastien, Liège… C’est un beau palmarès ! Mais pour moi, Roubaix, ça aurait vraiment compté. C’était ma course préférée ! À l’inverse, je ne pensais jamais gagner Liège. Mais c’est comme ça, il n’y a rien à ajouter… Je ne vais plus gagner maintenant ! »
Sur le moment, le troisième homme relativisait déjà, avant de réaliser plus tard qu’une opportunité rare s’était envolée. « J’avais gagné le Tour des Flandres la semaine précédente, puis j’ai fini deuxième à Liège une semaine plus tard ; donc c’était un très bon début de saison », rappelle-t-il. « Mais quelques années plus tard, surtout à la fin de ta carrière, tu dis : “Mince, j’ai loupé une occasion de gagner une belle course, ma préférée. C’est quand même dommage.” »
Plus loin du podium, sa 18e place en 1988 lui laisse également des regrets : « C’est une des meilleures courses que j’ai faites à Roubaix. Dirk De Mol (vainqueur) et Thomas Wegmuller (2e) ont fait une performance remarquable, toute la journée devant. Derrière, on n’était que deux à rouler, Sean Kelly et moi. On a fait la course à bloc, avant de craquer dans les dix derniers kilomètres. J’étais vraiment déçu de ne pas faire un meilleur résultat avec de telles jambes. Mais, bon la course était très ouverte, on manquait d’équipiers, ça arrive. »

 

… MAIS UN AMOUR ÉTERNEL

L’Enfer du Nord a attendu Mathieu pour couronner un Van der Poel, mais il a immédiatement séduit Adrie, venu se frotter à ces pavés dès 1981, en tant que néo-pro, même s’il a dû attendre l’année suivante pour décrocher une première participation. « J’étais tellement déçu de ne pas être sélectionné », se remémore-t-il, « mais je comprends, parce qu’on avait deux grands leaders à cette époque, Hennie Kuiper et Roger De Vlaeminck. »
À 22 ans, il signe ses débuts dans l’Enfer du Nord (32e). Il reviendra tous les ans (à l’exception de l’édition 1984), jusqu’en 1996, pour se mesurer aux défis uniques de Paris-Roubaix. « Parfois, il y a quelques secteurs dans le Tour de France, mais sinon, c’est un parcours qu’on ne fait qu’une seule fois dans l’année », explique-t-il. « Alors que si tu fais l’Omloop, Kuurne, E3, Waregem… Tu retrouves la plupart des monts du Tour des Flandres. Arenberg, on n’y passe qu’une fois dans l’année. Et ça, c’était vraiment spécial pour moi. »
Autre nuance de taille, « rouler sur des pavés plats ou des monts, c’est complètement différent », assure-t-il. Il a surmonté victorieusement le dénivelé du Ronde, sans jamais triompher de l’Enfer du Nord… Mais « pour moi, la plus belle, c’était Paris-Roubaix. »

van der poel (adrie) CYCLISME 1993 PARIS/ROUBAIX 1993 France 11/04/1993 FEVRE BOUTROUX CLEMENT BIVILLE
van der poel (adrie) CYCLISME 1993 PARIS/ROUBAIX 1993 France 11/04/1993 FEVRE BOUTROUX CLEMENT BIVILLE © PRESSE SPORTS

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