Wout van Aert embrasse son destin à Roubaix
12 avril 2026 - 17:02
La course de Paris-Roubaix Hauts-de-France n’est jamais écrite à l’avance. La 123e édition semblait promise à un duel entre le triple tenant du titre, Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech), et Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG) qui rêvait d’un premier succès sur le seul Monument qui manque à son palmarès. Mais une fois encore, rien ne s’est passé comme prévu. Le Néerlandais a perdu ses chances sur deux crevaisons dans le redoutable secteur pavé de la Trouée d’Arenberg (km 163). MVDP en est sorti à 2 minutes des leaders, puis s’est lancé dans une folle remontée sans pouvoir faire la jonction. Mais Pogacar avait encore un rival de taille à vaincre : Wout van Aert (Visma-Lease a Bike), présenté comme le troisième favori. Présents dans un groupe de tête réduit à huit coureurs, les deux hommes se sont isolés dans les pavés d'Auchy-lez-Orchies à Bersée, à 54 kilomètres de l’arrivée. Tenace, Van Aert a résisté aux assauts de Pogacar dans les pavés du Carrefour de l’Arbre, où le Slovène comptait faire la différence. Pogacar n’avait alors plus d’autre choix que de vaincre son adversaire dans le sprint final du vélodrome André-Pétrieux. Meilleur dans l’exercice, le Belge a finalement eu raison de son adversaire. À 31 ans, après deux podiums dans l’Enfer du Nord (2e en 2022, 3e en 2023) et différents épisodes malchanceux, Wout van Aert embrasse enfin son destin et devient le premier à battre Pogacar en 2026. Troisième après avoir surpris le groupe des poursuivants avant d’entrer au vélodrome, Jasper Stuyven (Soudal Quick-Step) complète le podium d’une édition de la Reine des classiques déjà mémorable.
« S'il y a bien une course où il est possible d'arriver au moins dans le final, c'est Roubaix. Tout le monde le sait, et c'est aussi pour ça que la lutte pour l'échappée est toujours si intense », prévient Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech) avant le départ de la 123e édition de Paris-Roubaix Hauts-de-France, à Compiègne. Le triple tenant du titre connaît son sujet, et le scénario du début de course lui donne raison.
Pas d'échappée avant les pavés
Les équipes de pointe ne laissent en effet aucun espoir dans les 95,8 premiers kilomètres, entièrement asphaltés avant d’affronter les pavés. Quelques courageux tentent quand même de forcer le destin : Matevz Govekar (Bahrain Victorious), Riley Sheehan (NSN) et Martijn Rasenberg (Unibet Rose Rockets) d’abord ; Stan Dewulf (Decathlon CMA CGM) et Alessandro Borgo (Bahrain Victorious) ensuite. Mais il n'y a rien à faire, et le peloton arrive groupé dans le secteur pavé de Troisvilles à Inchy, le premier des 30 à compléter.
L’enchaînement des premières portions pavées font de premiers piégés sur des crevaisons ou incidents mécaniques. Wout van Aert (Visma-Lease a Bike), Yves Lampaert (Soudal Quick-Step) ou Mads Pedersen (Lidl-Trek) sont dans le lot mais s’en remettent rapidement. Devant, Antonio Morgado et Florian Vermeersch impriment le rythme pour les UAE Emirates XRG, bien décidés à porter Tadej Pogacar vers une première victoire sur le seul Monument manquant à son palmarès. Ils évoluent en terrain connu, comme le révélait le champion du monde de gravel : « Nous sommes venus reconnaître le parcours cinq ou six fois depuis décembre. On mise tout sur Tadej Pogacar. »
Pogacar de retour avant Arenberg, Van der Poel freiné dans la Trouée
Les pavés à 5 % du secteur de Briastre (km 111,1) font des dégâts, et le peloton se trouve bientôt scindé en deux avec une soixantaine de coureurs à l'avant. Aucun favori ne manque à l’appel, mais Pogacar se fait ensuite surprendre par une crevaison au secteur pavé de Quérénaing à Maing (km 120,8). Le Slovène repart avec du matériel Shimano fourni par l'assistance neutre, avant de récupérer un vélo de son équipe à la sortie du secteur pavé de Maing à Monchaux-sur-Écaillon (km 142,3). Il est alors à 50 secondes du groupe de tête, où les Alpecin-Premier Tech et les Visma-Lease a Bike accélèrent. Morgado, Nils Politt et Mikkel Bjerg retrouvent leur meneur pour l’aider à rentrer. Pogacar fait la jonction peu avant le secteur pavé de la Trouée d’Arenberg (km 163), au prix d’un effort conséquent.
Le destin de nombreuses éditions de Paris-Roubaix s’est joué dans cette traversée de la forêt de Raismes-Saint-Amand-Wallers. Van der Poel y avait été épargné ces dernières années ; il en est cette fois l’une des grandes victimes. Le triple tenant du titre crève de l’avant, tente de repartir avec le vélo de son coéquipier Jasper Philipsen avant de devoir renoncer, puis reçoit finalement la roue de Tibor del Grosso. Une seconde crevaison l’arrête à nouveau, et le Néerlandais sort de la Trouée d’Arenberg à plus de 2 minutes des leaders.
Un groupe de tête émerge dans l'Enfer du Nord
Pogacar, Mads Pedersen (Lidl-Trek), Stefan Bissegger (Decathlon CMA CGM), Laurence Pithie (Red Bull-Bora-Hansgrohe), Jasper Stuyven (Soudal Quick-Step) et deux coureurs de la Visma-Lease a Bike, Christophe Laporte et Wout van Aert, forment un nouveau groupe de tête constitué de sept survivants. Filippo Ganna (Ineos Grenadiers) et Jordi Meeus (Red Bull-Bora-Hansgrohe) font grimper le nombre à neuf coureurs font à 84 kilomètres de l'arrivée. Mais l’Italien perd le contact en crevant à l'entame du secteur pavé de Hornaing à Wandignies (km 175,9). Meeus s’arrête lui pour attendre Pithie, victime d’un incident mécanique, et les deux coéquipiers se retrouvent à 40 secondes de la tête de la course.
Pas épargné en direction de Roubaix, Pogacar s’arrête à nouveau à droite à la sortie du secteur pavé de Warlaing à Brillon, à 72 kilomètres de l’arrivée. Le Slovène doit à nouveau cravacher pour reprendre les 15 secondes concédées au groupe de tête, emmené par Wout van Aert. Ce-dernier s’arrête à son tour pour changer de vélo dans le secteur pavé de Tilloy à Sars-et-Rosières (km 186,8), repartant avec Pithie et Meeus. Le trio parvient à recoller à une soixantaine de kilomètres de Roubaix.
Van Aert et Pogacar s'isolent
Seconde des trois portions classées 5 étoiles, le secteur pavé d'Auchy-lez-Orchies à Bersée avait été coché par Van Aert et Pogacar. Le Belge passe à l’offensive à 54 kilomètres de l’arrivée, suivi comme son ombre par le Slovène qui lui répond. Les deux hommes s’isolent malgré les efforts de Pedersen pour résister. Pendant ce temps, Van der Poel remonte un à un les concurrents qui l’avaient doublé dans la Trouée d’Arenberg, faisant renaître des espoirs de podium. Voire mieux.
Les routes piégeuses de Paris-Roubaix Hauts-de-France continuent de faire des victimes, à l’image de Ganna ou Pithie qui partent à la faute. Devant, Pogacar et Van Aert ne se posent aucune question et foncent à travers l’Enfer du Nord. Le quadruple vainqueur du Tour de France sait que son rival aura probablement l’avantage dans un sprint final. Son plan est donc de le faire craquer dans le secteur pavé du Carrefour de l’Arbre, dernière difficulté majeure à 17,1 kilomètres de l’arrivée. « Pogi » accélère mais manque de chuter en perdant l’adhérence dans un virage, permettant à Van Aert de combler les quelques mètres qu’il venait de concéder. Il revient à sa hauteur et entérine le scénario d’un duel pour la victoire jusqu’à Roubaix.
Van Aert vient à bout de Pogacar
Idéalement placé dans la roue du Slovène, Van Aert prend le meilleur au sprint dans le dernier tour d’un vélodrome André-Pétrieux plein à craquer. La troisième est la bonne pour le Belge : son troisième podium sur la Reine des classiques le voit enfin monter sur la plus haute marche, après avoir connu la 2e (2022) et 3e place (2023). Pogacar concède sa première défaite de l’année et devra attendre la revanche, en 2027, pour gagner le seul Monument qui manque à son palmarès. Van Aert en ajoute lui un second à son CV après Milan-San Remo 2020. « Je reviendrai », promet le Slovène.
Parti du groupe des poursuivants dans les rues de Roubaix, Jasper Stuyven (Soudal Quick-Step) résiste à leur retour pour compléter le podium, son premier ici, à 15 secondes du vainqueur. Il devance Van der Poel et Christophe Laporte (Visma-Lease a Bike), premier français dans le top-5 depuis Sébastien Turgot en 2012.


