Marianne Vos : « Ça représenterait beaucoup pour moi »
2 avril 2026 - 11:21
À un pavé près !
Gagner la Reine des classiques, c’est le rêve d’une vie pour toute une catégorie de coureurs désignés comme « Flandriens », qu’ils viennent ou non du plat pays, ainsi que pour des grands champions ou championnes qui attachent un prestige particulier à Paris-Roubaix. Mais au-delà des 95 vainqueurs différents figurant au palmarès (90 + 5 pour les dames), l’histoire de l’épreuve est aussi marquée par des coureurs de tout premier rang qui butent à répétition sur cet objectif, collectionnent les places d’honneur, passent à côté de la consécration pour un coup de frein en trop, une crevaison au mauvais moment. Qu’a-t-il manqué à Adrie van der Poel pour s’imposer dans les années 80 sur le vélodrome où son fiston a triomphé sur trois éditions consécutives ; à Juan Antonio Flecha, le latino qui est passé le plus près de l’exploit sur les pavés du Nord ; à Marianne Vos qui a gagné partout ailleurs ? Les souvenirs de podium ont-ils seulement le goût de l’amertume pour Zdenek Stybar, Steve Bauer ou Lorena Wiebes ? Questions et réponses dans une série de six interviews à découvrir jusqu’au 12 avril prochain.
Marianne Vos : « Ça représenterait beaucoup pour moi »
Il est plus facile de lister les rares épreuves que Marianne Vos n’a pas remportées que de faire un tour d’horizon de son palmarès. Route, piste, cyclo-cross, gravel… Du Mur de Huy aux sommets italiens, en passant par tous les terrains et notamment les routes du Tour de France Femmes avec Zwift, l’étoile « Oranje » s’est imposée partout. Ou presque. Dans dix jours, elle se mesurera à nouveau à l’Enfer du Nord, dont les défis uniques semblent taillés pour cette championne hors normes, aussi douée physiquement que techniquement et mentalement. Dès la première édition, boueuse et épique, Vos a impressionné mais buté sur la grande offensive de Lizzie Deignan. Depuis, elle est incontournable aux avant-postes de Paris-Roubaix Femmes avec Zwift, qui a consacré sa coéquipière Pauline Ferrand-Prévot l’an dernier. Aux premières loges, Vos était ravie. Mais elle veut aussi soulever son pavé dans le vélodrome André-Pétrieux.
Née le 13 mai 1987 à Bois-le-Duc (Pays-Bas)
Équipes :
DSB Bank (2006-2009), Nederland Bloeit (2010-2011), Rabo Women (2012-2016), WM3 (2017), WaowDeals (2018), CCC-Liv (2019-2020), Visma-Lease a Bike (depuis 2021)
Principales victoires :
Championne Olympique sur piste (2008) et route (2012) / Championne du monde sur route (2006, 2012, 2013) / Championne du monde de cyclo-cross (2006, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2022) / La Flèche Wallonne Femmes (2007, 2008, 2009, 2011, 2013) / 3 étapes du Tour de France Femmes avec Zwift (2022 et 2025)
Résultats à Paris-Roubaix :
2021 : 2e / 2023 : 10e / 2024 : 4e / 2025 : 4e
Signe particulier :
Les légendes se reconnaissent entre elles. Dès sa première reconnaissance sur les pavés de l’Enfer du Nord, des images remontaient de l’enfance, lorsque Marianne Vos suivait l’épreuve à la télévision de la première à la dernière seconde. Arrivée au vélodrome, elle voulait s’imprégner encore plus de la légende : direction les douches historiques de l’enceinte roubaisienne pour se décrasser. Vos n’y a pas encore la plaque réservée aux vainqueurs, mais elle y est déjà un peu chez elle.
2021 : DEUXIÈME POUR LA PREMIÈRE
Pionnière émérite, Elizabeth Deignan restera à jamais la première gagnante féminine de Paris-Roubaix, et de quelle manière ! « C’était vraiment une offensive très courageuse », salue Marianne Vos, dauphine de la Britannique, qui s’était échappée avant même le premier secteur pavé de la journée pour filer en solitaire vers la gloire roubaisienne, au cœur de l’automne (l’épreuve avait été déplacée en raison de la pandémie de Covid-19) et dans des conditions météorologiques dantesques. « Elle avait pris une belle avance et, à un certain point, j’ai compris que si je ne tentais rien, on n’allait jamais la revoir. Je me suis lancée pour voir jusqu’où je pourrais aller. »
La Néerlandaise a déchaîné son expérience et son talent sur les pavés de Camphin-en-Pévèle et du Carrefour de l’Arbre, impressionnant tous les suiveurs par la finesse de ses trajectoires sur les pavés mouillés. Mais Deignan était trop loin (1’17’’ à l’arrivée) ; Vos s’est contentée d’une deuxième place savoureuse. « Dans le final, je savais que je ne reprenais pas assez de temps mais je garde un souvenir très précis de toute cette journée, de la poursuite derrière Elizabeth, de la lutte avec les poursuivantes et de l’arrivée à Roubaix », détaille-t elle. « L’entrée dans le vélodrome est vraiment particulière. Il se dégage une telle histoire de cet endroit… Et c’était une journée vraiment à part. »
DEIGNAN, KOPECKY, WIEBES… IL Y A TOUJOURS UNE RIVALE
Vos a signé son meilleur résultat à Roubaix en 2021 mais elle est peut-être passée encore plus près de la victoire en 2024. « Cette année là, on sprintait sur le vélodrome et Lotte Kopecky s’était imposée », précise la Néerlandaise, également devancée par Elisa Balsamo et Pfeiffer Georgi sur la piste roubaisienne. « En prenant la quatrième place, je ne peux pas vraiment dire que la victoire m’a échappée. Mais j’étais plus proche, parce que Lizzie était vraiment trop loin en 2021. »
« Je me suis bien sentie sur les pavés chaque année », assure celle qui n’a jamais fini en dehors du top 10 de Paris Roubaix et a vu une nouvelle championne s’imposer tous les ans. « Il y a toujours un scénario différent, et des coureuses différentes, avec des qualités différentes », se réjouit elle. « Ça fait partie de la beauté de la course. Mais on retrouve aussi quelques habituées dans le top 10. » Vos commence par citer deux stars auréolées du pavé roubaisien, Kopecky et Elisa Longo Borghini… Avant d’identifier une vainqueure en devenir ? « Et il y a Lorena Wiebes, qui est montée sur le podium [3e] l’an dernier. Elle est une vainqueure potentielle, certainement. Et je n’en cite que trois… Il y a beaucoup de prétendantes et j’aime ça, ça va être une belle bagarre à nouveau. »
PFP, LA VICTOIRE PAR PROCURATION
Championne hors norme, Vos veut aussi incarner les valeurs du collectif Visma Lease a Bike, avec qui elle a signé un contrat à vie, et qui a triomphé de l’Enfer du Nord… grâce à Pauline Ferrand Prévot, sacrée en solitaire l’an dernier après s’être envolée sur les pavés du Carrefour de l’Arbre. « On voulait gagner la course en tant qu’équipe et on avait défini différentes tactiques pour essayer d’y parvenir », rembobine Vos. « On voulait que Pauline tente d’attaquer. Elle était vraiment forte et elle a bien senti son moment. »
Derrière, Vos a parfaitement joué le jeu d’équipe : « C’était vraiment sympa d’essayer de contrôler le groupe de poursuite et en même temps de voir que Pauline creusait l’écart. Quand je suis entrée sur le vélodrome, j’étais prise par deux sentiments. D’un côté, ma course n’était pas finie, mais je connaissais déjà le résultat. » Il restait à sprinter (4e à l’arrivée, derrière Letizia Borghesi et Wiebes) avant de célébrer le sacre de PFP : « J’ai voulu la rejoindre, mais elle était prise par les médias. Je me suis un peu éloignée pour retrouver mes équipières et voir la cérémonie du podium. C’était un effort incroyable de Pauline mais c’était vraiment agréable de célébrer ça ensemble après avoir préparé l’épreuve et couru en équipe. »
TOUJOURS EN CONQUÊTE
« Tu sais que ça va faire mal, que ce sera dur, mais j’adore quand même revenir chaque année », sourit Vos, qui a coché de longue date le 12 avril 2026. Cette fois, Pauline Ferrand Prévot ne sera pas de la partie, mais l’approche reste la même : « Encore une fois, on va se préparer pour le mieux, être au point avec le matériel, voir à nouveau le final, sentir les trajectoires sur les pavés, et tout faire pour être au mieux pendant toute la course en visant la victoire. »
« Évidemment, m’imposer sur une aussi grande course, une des plus importantes, représenterait beaucoup pour moi », poursuit la star aux centaines de succès, « mais je ne me projette pas vraiment sur ce que ça pourrait changer à ma carrière, à ma vie. C’est une course de vélo, et je veux remporter les plus grandes, alors c’est ce qu’on va viser. » Un triomphe à Roubaix occuperait forcément une place à part dans sa riche armoire à trophées : « J’ai le petit pavé, pour ma deuxième place, mais le gros trophée est à part ! »


