Zdenek Stybar : « J’aurais pu réaliser le rêve de tout cycliste »

7 avril 2026 - 14:25

À un pavé près !

Gagner la Reine des classiques, c’est le rêve d’une vie pour toute une catégorie de coureurs désignés comme « Flandriens », qu’ils viennent ou non du plat pays, ainsi que pour des grands champions ou championnes qui attachent un prestige particulier à Paris-Roubaix Hauts-de-France. Mais au-delà des 95 vainqueurs différents figurant au palmarès (90 + 5 pour les dames), l’histoire de l’épreuve est aussi marquée par des coureurs de tout premier rang qui butent à répétition sur cet objectif, collectionnent les places d’honneur, passent à côté de la consécration pour un coup de frein en trop, une crevaison au mauvais moment. Qu’a-t-il manqué à Adrie van der Poel pour s’imposer dans les années 80 sur le vélodrome où son fiston a triomphé sur trois éditions consécutives ; à Juan Antonio Flecha, le latino qui est passé le plus près de l’exploit sur les pavés du Nord ; à Marianne Vos qui a gagné partout ailleurs ? Les souvenirs de podium ont-ils seulement le goût de l’amertume pour Zdenek StybarSteve Bauer ou Lorena Wiebes ? Questions et réponses dans une série de six interviews à découvrir jusqu’au 12 avril prochain.

Zdenek Stybar : « J’aurais pu réaliser le rêve de tout cycliste » (V/VI)

De nombreux coureurs affirment que l'Enfer du Nord n’a aucun secret. Que cette course, comme toutes les autres, repose sur la puissance, les compétences, la tactique et la chance. Zdenek Stybar le dit aussi, mais aborde les nombreuses complexités de cette épreuve où chaque pavé peut faire ou défaire un champion. À la fin de son adolescence, alors qu’il était déjà l’un des meilleurs espoirs mondiaux du cyclo-cross, le coureur tchèque était fasciné par la mythologie de la « Semaine Sainte », lorsque se jouent les deux monuments pavés, le Tour des Flandres et la Reine des classiques. « J’étais en Belgique et il y avait des gâteaux sur le thème du vélo dans toutes les boulangeries, se souvient-il. C’est à ce moment-là que j’ai eu envie d’en faire partie. » Et il y a bel et bien gagné sa place, avec six top 10 à Paris-Roubaix, dont deux podiums : l’un source de satisfaction, l’autre de déception.

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stybar (zdenek) - (rtc) - © PRESSE SPORTS

Zdenek Stybar Né le 11 décembre 1985 à Plana u Mariánských (République tchèque).

Équipes : Quick-Step (2011-2022, sous différentes appellations comme Omega Pharma, Etixx ou Deceuninck), Jayco AlUla (2023).

Principales victoires : Champion du monde de cyclo-cross 2010, 2011, 2014 La Vuelta 2013, étape 7 (Mairena del Aljarafe) Strade Bianche 2015 Tour de France 2015, étape 6 (Le Havre) Omloop Het Nieuwsblad 2019 E3 Harelbeke 2019

Résultats à Paris-Roubaix : 2013 : 6e / 2014 : 5e / 2015 : 2e / 2016 : 110e / 2017 : 2e / 2018 : 9e / 2019 : 8e / 2021 : 26e / 2022 : 45e / 2023 : 79e

Signe particulier : À 27 ans, après plusieurs années de domination en cyclo-cross, Zdenek Stybar s’est tourné vers la route. Il a sans doute ouvert la voie à des talents polyvalents comme Wout van Aert, Mathieu Van der Poel, Tom Pidcock ou Thibau Nys, capables de briller aussi bien dans la boue que sur l’asphalte. Il est rapidement devenu l’un des meilleurs spécialistes des classiques, signant des résultats qui le placent virtuellement sur le podium des meilleurs coureurs tchèques de l’histoire, aux côtés du sprinteur Jan Svorada et de Roman Kreuziger. Aujourd’hui, Stybar assume pleinement son statut de modèle en dirigeant la Czech Cycling Academy, un programme de détection et de développement des talents.

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stybar (zdenek) - (rtc) - sagan (peter) - (slq) - © PRESSE SPORTS
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stybar (zdenek) - (rtc) - van avermaet (greg) - (bel) - © PRESSE SPORTS
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UNE PREMIÈRE DE HAUT NIVEAU… MAIS FRUSTRANTE

Stybar a passé la majeure partie de sa carrière chez Quick-Step, une équipe belge qui a remporté Paris-Roubaix à huit reprises. Cela a contribué à lui forger un véritable « état d’esprit classiques » et lui a permis de réussir ses débuts avec une 6e place dès sa première participation (2013), après seulement une saison complète sur route. « Avant mon premier Roubaix, notre directeur sportif Tom Steels nous envoyait des vidéos de tous les secteurs pavés », raconte le Tchèque. « Je les ai regardées de nombreuses fois pour mémoriser chaque détail et chaque entrée de secteur. Dès le début, j’étais à l’aise sur les pavés grâce à mon passé en cyclo-cross, ce qui m’aidait à choisir la meilleure trajectoire à chaque instant. J’étais plutôt détendu, comme si j’avais la situation sous contrôle. » Dans les derniers mètres du Carrefour de l’Arbre, à quelques kilomètres de la fin de son grand baptême du pavé Stybar se trouvait dans la roue du futur vainqueur Fabian Cancellara lorsqu’il a touché un spectateur en bord de route. Bien qu’il ait évité la chute, il a perdu toute chance de victoire. « Sans cet incident, j’aurais pu finir sur le podium », regrette-t-il.

2017, TOUT PROCHE DE LA VICTOIRE

Le coureur tchèque est monté deux fois sur le podium dans sa carrière. La première, en 2015, ne laissait place à aucun regret : John Degenkolb était largement au-dessus dans le vélodrome André-Pétrieux. Deux ans plus tard, en revanche, il subit une défaite amère face à Greg Van Avermaet. C’était le dernier Roubaix de Tom Boonen, et toute l’équipe Quick-Step roulait pour lui offrir une victoire de légende. « J’ai dépensé énormément d’énergie à boucher des trous ce jour-là. Je suis resté dans le groupe de tête à la fin parce que Tom n’y était plus, et j’ai dû me contenter de suivre les autres échappés », explique Stybar.

À cinq kilomètres de l’arrivée, la voiture de l’équipe lui donne finalement le feu vert pour jouer sa carte personnelle. Après une attaque rapidement contrée par Van Avermaet et Sep Vanmarcke, Stybar choisit d’attendre le sprint. À 50 mètres de la ligne, il est devant le Belge… mais Van Avermaet le dépasse au dernier moment. « Quand je revois ce sprint, je n’aurais pas pu faire mieux. C’était l’un des meilleurs de ma vie. » Pourquoi a-t-il perdu ? « À cause d’une idée que j’avais proposée à la marque Specialized : nous roulions cette année-là avec des vélos équipés de suspensions impossibles à bloquer. En regardant le sprint au ralenti, je voyais mon cintre monter et descendre, comme si je sprintais en VTT. Je ne regrette pas ce choix, car le vélo était excellent sur les pavés, mais c’est finalement ce qui m’a coûté la victoire. »

 

DEUXIÈME, EST-CE QUE ÇA FAIT MAL ?

« J’étais en route pour gagner Roubaix en 2017 », confie Stybar. « 2015, c’était différent : j’étais très heureux d’être sur le podium d’un monument comme Roubaix, avec toute sa mythologie et son histoire. Mais mon deuxième podium a été difficile à accepter. J’ai eu beaucoup de mal à digérer cette défaite. » Selon lui, cette victoire aurait pu changer sa carrière : « Sur le moment, finir premier ou deuxième ne change pas grand-chose. Mais au final, mon palmarès serait différent et j’aurais pu réaliser le rêve de tout cycliste. Cela dit, ça n’aurait pas changé la personne que je suis. »

QUAND VOS AMIS DEVIENNENT VOS ENNEMIS

Les subtilités tactiques de Paris-Roubaix Hauts-de-France sont si nombreuses que la force de votre propre équipe peut parfois se retourner contre vous. Membre d’une des formations les plus tournées vers les Classiques, Stybar a vu deux de ses coéquipiers s’imposer : Niki Terpstra (2014) et Philippe Gilbert (2019). « Quand Niki a gagné, je n’ai pas vraiment eu l’impression d’en faire partie », dit-il. « Nous étions trois en tête à 10 km de l’arrivée, Niki, Tom et moi. L’équipe nous a dit d’attaquer, et Niki a sauté sur l’occasion immédiatement. Il était déjà parti avant même que je comprenne le message. Quand Philippe a gagné, en revanche, c’était une vraie victoire d’équipe : nous avons travaillé pour lui toute la journée et bloqué les attaques derrière. Ce n’était pas la même sensation. »

On lui a souvent demandé pourquoi il n’avait pas changé d’équipe plus tôt pour être leader unique :

« C’est vrai que chez Quick-Step, nous étions plusieurs à pouvoir gagner Roubaix. Mais je ne pense pas que j’aurais gagné 70 courses par an ailleurs. Nous avions toujours une carte à jouer. Peut-être que j’aurais gagné un peu plus pour moi, mais rien ne vaut le sentiment de pouvoir gagner chaque jour avec l’équipe. Ça, ça ne s’achète pas. »

LA COURSE AUX MILLE SCÉNARIOS

 Même s’il affirme que la course « n’a pas de secrets », Stybar livre quelques clés de compréhension. « La règle générale, c’est : plus on va vite, plus les pavés sont faciles. Le matériel a aussi énormément évolué ces dernières années, et ça change tout. Mais selon moi, c’est surtout l’approche de chaque secteur qui rend la course si difficile. » Et il n’est pas nécessaire d’attendre les pavés pour faire la différence : « À Roubaix, les 100 premiers kilomètres peuvent déjà être décisifs. Certaines années, il y a des bordures dès les 30 ou 40 premiers kilomètres, alors qu’il en reste encore 220 ! Cela peut complètement changer la course, et c’est impossible à prévoir. Il y a un million de scénarios possibles. » Comme beaucoup, Stybar désigne la Trouée d’Arenberg comme le secteur qu’il redoutait le plus : « La manière dont vous en sortez relève vraiment de la chance. » À l’inverse, il affectionnait particulièrement le Carrefour de l’Arbre : « L’ambiance y est incroyable. Une fois sorti, le plus dur est derrière vous et il reste près de 20 kilomètres pour comprendre comment gagner la course. »

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